Politiques culturelles : l’aube d’un démantèlement ? 

En 2025, 50 % des collectivités territoriales et intercommunalités baissaient leurs budgets culturels. Comment expliquer et qualifier cette crise ? Quels en sont les ressorts politiques ? Et comment réagir ? À quelques jours des municipales, une réflexion s’impose face au risque de démantèlement des politiques culturelles territoriales qui ne cesse de gagner du terrain.

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Photo © : Kyle Miller – Pexels

En France, les politiques culturelles sont une affaire de collectivités territoriales. En dépit du rôle historique et symbolique joué par le ministère de la Culture depuis sa création en 1959, leur centre de gravité s’est largement déplacé à une échelle infranationale. Les budgets culturels des collectivités territoriales sont deux fois et demie plus importants que ceux du ministère de la Culture, hors audiovisuel public. À cela s’ajoute la forte concentration des financements culturels de l’État en Île-de-France : en euros par habitant, ils y sont presque dix fois supérieurs que dans les autres régions. Autant dire qu’en dehors de la métropole parisienne, le soutien à la culture publique et subventionnée est principalement entre les mains des élus locaux. Raison pour laquelle, lorsqu’en 2025, la région Pays de la Loire décide de baisser de plus de 60 % son budget culturel de fonctionnement et de supprimer, sans discernement, la quasi-intégralité de ses aides dans ce domaine, c’est tout un secteur d’activité qui réagit à l’échelle nationale. La crainte du précédent que représentent ces coupes franches et la peur de la contagion des idées politiques qui les justifient expliquent cette forte mobilisation. Le cas de la région Pays de la Loire demeure jusqu’à aujourd’hui, fort heureusement, inégalé par son maximalisme. Mais il est le symbole d’un mouvement de retrait inédit et généralisé du soutien public aux activités culturelles sur l’ensemble du territoire national. 

D’une crise à l’autre

Il convient, en premier lieu, de revenir sur ce diagnostic de crise qui est dans toutes les bouches depuis plus d’un an. Celui-ci n’a rien d’une nouveauté. Il constitue même un lieu commun des politiques culturelles depuis les années 1980, se réinvitant à intervalles réguliers en raison des difficultés budgétaires, des polémiques sur l’État culturel, du discrédit ou du manque de crédit politique des ministres de la Culture successifs, des réformes du régime des intermittents du spectacle, des enquêtes sur les pratiques culturelles, du tarissement des « vocations professionnelles », etc. En ce début d’année, la série documentaire LSD tirait à son tour la sonnette d’alarme : « Le monde de la culture traverse une crise profonde. Vit-on un tournant dans la politique culturelle française ? » pouvait-on lire, encore une fois, en présentation des épisodes. 

Le discours de crise actuel ne serait-il finalement que le retour d’un mantra de la politique culturelle française ? Mantra qui a bien souvent été formulé par les acteurs culturels eux-mêmes – au cours des introspections sectorielles pour lesquelles ils se passionnent– et qui tend désormais à se retourner contre eux pour les disqualifier. En témoigne la formule assassine de la présidente de la région Pays de la Loire, visant à contester le soutien public à un système qui, disait-elle, « malgré les subventions dont il bénéficie, est en crise permanente ». Comment s’y retrouver dans cette succession de discours de « crises » depuis quatre décennies ? Comment qualifier la crise actuelle ? Qu’est-ce qui la distingue des crises précédentes ? 

Jusqu’à une période récente, ce qu’on désignait à travers la « crise » de la politique culturelle ne consistait pas en son démantèlement organisé : à l’inverse de la protection sociale, par exemple. Cette crise résidait plutôt dans le maintien, tant bien que mal, d’une situation figée, marquée par des problèmes matériels et génératrice de frustrations. De ce point de vue, la politique culturelle est dite « en crise » lorsqu’elle apparaît comme un système fermé, ne parvenant pas à intégrer de nouveaux acteurs, de nouveaux publics, de nouvelles pratiques et de nouvelles philosophies d’action. Lorsqu’elle souffre, en fin de compte, d’une trop grande stabilité ou qu’elle ne réussit pas vraiment à réaliser ses promesses fondatrices, notamment celle d’un dépassement des déterminismes sociaux dans les rapports à la culture : à l’instar de la démocratisation scolaire en somme. C’est sans doute là que réside la plus grande différence avec la crise actuelle. On peut craindre que cette dernière ne soit plus « seulement » une crise de paralysie ou de déception, mais plutôt le début d’une crise de démantèlement de la politique culturelle telle qu’elle s’est stabilisée depuis les années Mitterrand

Ce que disent les budgets culturels publics et ce qu’ils ne disent pas

Les alertes sur les dégradations des capacités financières des acteurs culturels ont été fréquentes au cours des dernières années, bien que non directement confirmées – paradoxe apparent – par les données sur les évolutions des budgets culturels publics. Entre 2019 et 2023, les dépenses culturelles des collectivités territoriales, corrigées des effets de l’inflation, sont stables. Elles ont même augmenté en matière de fonctionnement. Du côté du ministère de la Culture, le budget est également en progression constante au cours de la même période. Toutefois, cette évolution positive est en réalité une dynamique en trompe-l’œil. Elle correspond à un rattrapage poussif et partiel du milliard d’euros perdu par la culture, une décennie auparavant, au niveau des collectivités territoriales : conséquence indirecte de la crise financière et bancaire mondiale de 2008. 

La dissonance de façade entre les discours et les données n’est plus de mise en 2025. Et cette concordance n’a rien de rassurant. C’est un nouveau monde qui s’ouvre pour le financement public d’un secteur culturel déjà fragilisé par plusieurs « chocs » successifs récents : covid et inflation principalement. Quelques chiffres, issus du baromètre 2025 de l’OPC, peuvent être avancés pour en prendre la mesure : 50 % des collectivités territoriales et intercommunalités baissent leurs budgets culturels totaux et leurs budgets culturels de fonctionnement, dont 65 % des régions et 70 % des départements ; souvent dans des proportions importantes. À l’approche des élections municipales, le repli du bloc local – qui est le principal financeur de la vie culturelle en France – demeure heureusement moins marqué. 40 % des communes de plus de 50 000 habitants baissent tout de même leurs budgets culturels de fonctionnement : ce qui apparaît aujourd’hui comme un moindre mal aurait été impensable à une autre époque. Tous les domaines culturels sont concernés par ces coupes budgétaires des collectivités territoriales, mais elles affectent plus particulièrement les festivals, le spectacle vivant, l’action culturelle et l’éducation artistique et culturelle. À cela s’ajoute un reflux significatif des crédits déconcentrés du ministère de la Culture gérés par ses directions régionales. 

S’il était amené à se poursuivre au cours des prochaines années, ce mouvement de contraction budgétaire des collectivités territoriales et de l’État induirait un sérieux redimensionnement sectoriel pour la culture. Les données issues de la Cartocrise culture 2025 parlent d’elles-mêmes. Les baisses cumulées de soutien public sont en moyenne de 40 000 euros par organisation culturelle déclarante. Pour les structures disposant d’un label national du ministère de la Culture, ces baisses s’élèvent en moyenne à 80 000 euros. Au regard de l’année noire écoulée et des projections budgétaires à venir, l’hypothèse d’un glissement vers une crise de démantèlement des politiques culturelles territoriales gagne ainsi du terrain. Si les régions Pays de la Loire et Auvergne-Rhône-Alpes en sont les symboles les plus médiatisés, aucun territoire n’est épargné, comme en atteste la liquidation éclair, début 2026, des agences culturelles historiques de Nouvelle-Aquitaine et du Grand Est.

Les raisons politiques d’un désengagement inédit

Comment expliquer cette situation ? Les raisons de cette crise sont à la fois gestionnaires et politiques. Son élément déclencheur réside dans la mise sous pression des collectivités territoriales par l’État pour réduire leurs charges publiques et participer à l’allègement de la dette. L’État dispose des moyens de contrainte pour le faire dans la mesure où, depuis une quinzaine d’années, il n’a cessé de modifier les sources de financements des collectivités territoriales. Ces dernières ont de moins en moins de pouvoir fiscal, ce qui les rend de plus en plus dépendantes des dotations de l’État. Si celui-ci baisse ses dotations, les budgets dont les collectivités territoriales disposent pour conduire leurs politiques publiques baissent aussi mécaniquement. Ce qui constitue une vraie entrave à la démocratie territoriale et à l’autonomie de gestion des collectivités. Dans ce cadre, la culture devient rapidement une variable d’ajustement des arbitrages budgétaires. Avec des moyens réduits, pilotés par l’État et captés prioritairement par les dépenses obligatoires, les politiques culturelles des collectivités territoriales sont déclassées : en premier lieu, celles des départements et des régions. 

Mais cette lecture gestionnaire n’est pas suffisante. Il faut la doubler d’une interprétation plus politique. La culture s’était imposée, depuis les années 1980, comme une composante incontournable du service à la population, de la manifestation du pouvoir local et de la construction symbolique des territoires. Cette montée en puissance des politiques culturelles à tous les niveaux de collectivités s’est réalisée sans aucune obligation législative ou presque ; et à partir de la seule volonté politique des élus locaux et de leur incitation à coopérer avec les services de l’État. Or, ce volontarisme politique s’essouffle. Le soutien à la culture ne permet plus suffisamment d’asseoir une image positive pour les élus. Le consensus transpartisan sur l’utilité de la politique culturelle s’érode de part et d’autre de l’échiquier politique. Dans ce contexte, les acteurs culturels ont plus de difficultés à faire adhérer à leurs arguments et à leur cause, à ce qu’ils estiment relever de l’intérêt général dans ce domaine. 

D’un autre côté, les politiques culturelles redeviennent des marqueurs politiques forts et n’échappent pas à la polarisation, voire à la brutalisation, du débat public. Elles sont, de plus en plus, les otages d’oppositions binaires et caricaturales entre peuple et élites, entre métropoles et France périphérique, entre gauchisme et conservatisme, entre wokisme et identitarisme. C’est-à-dire les otages de batailles culturelles et de valeurs qui structurent des positions politiques à l’échelle nationale et internationale. Il n’y a qu’à regarder les rivalités qui se jouent sur le terrain des spectacles historiques pour s’en rendre compte. Dans d’autres cas encore, les politiques culturelles sont l’objet d’une « repolitisation » par la négative : faire de la politique avec la culture, non pas pour soutenir le secteur culturel, mais contre tout ou partie de ce secteur ; en cherchant à capitaliser politiquement sur la défiance et le discrédit exprimés à son encontre au travers d’accusations d’assistanat, d’entre-soi, de parasitisme, de détournement des ressources publiques ou de moralité douteuse. C’est le principe du « backlash » qui touche la culture publique et subventionnée – tout comme l’écologie – et qui trouve un certain écho dans le ressentiment et la tension sociale actuels.

Peut-on dire pour autant que la couleur politique des exécutifs territoriaux serait devenue une variable explicative des choix budgétaires en matière de culture ? Rien n’est moins sûr. À droite comme à gauche, il n’est pas possible de repérer des idéologies unitaires derrière les décisions des collectivités territoriales. À un même parti ou une même famille politique correspondent des stratégies très différentes de la part des exécutifs territoriaux. Et ce, quel que soit le niveau de collectivité. Les traitements par affiliation politique réalisés dans le baromètre de l’OPC, au cours des trois dernières années, le confirment : la proportion de collectivités de gauche, de droite ou du centre qui baissent, maintiennent ou augmentent leurs budgets reste la même. Ces choix ne relèvent pas majoritairement d’idéologies de partis politiques.

Enfin, les décisions unilatérales et non concertées de retrait de soutien fragilisent un autre acquis historique des politiques culturelles : le principe de solidarité financière entre l’État et les collectivités territoriales. Ces fameux « financements croisés » constituent la clé de voûte du système de partenariat public de la décentralisation culturelle. Ils sont aussi un gage de moindre dépendance des acteurs culturels à un seul pouvoir politique. Ces derniers se retrouvent aujourd’hui dans une situation de plus grande vulnérabilité face aux entraves qui menacent leur autonomie de fonctionnement et plus généralement la liberté de création ou de diffusion.

Comment réagir ? 

Face à cette crise de démantèlement qui guette, plusieurs vigilances s’imposent. La première fait écho à une célèbre formule de Stendhal : « Qui s’excuse, s’accuse ». L’effort public consenti pour la culture en France se situe tout juste au-dessus de la moyenne européenne en pourcentage du PIB des États-membres, loin derrière la Hongrie, l’Estonie ou la Croatie. Pour un pays qui entend promouvoir fièrement son « modèle culturel » à l’international, ce niveau de dépenses n’a rien de démesuré au regard d’autres postes du budget français. Par exemple, les aides publiques aux entreprises s’élèvent à plus de 190 milliards d’euros par an. Avec parfois un grand flou sur l’usage qui en est fait. En comparaison, les fonds publics pour la culture – État et collectivités territoriales confondus – représentent à peine 19 milliards d’euros par an : soit dix fois moins. Sur un même plan, les crédits d’impôt recherche aux entreprises atteignent 7 milliards d’euros annuellement : 50 entreprises en captent plus de la moitié. En comparaison, le budget du ministère de la Culture, hors audiovisuel public, est de 4,4 milliards d’euros. Soit à peine plus que le crédit d’impôt recherche octroyé à 50 entreprises et dont on a du mal à mesurer précisément les effets sur l’investissement et l’emploi. À cela s’ajoute une baisse des recettes des impôts en France de plus de 60 milliards d’euros depuis 2018. Ces choix sont politiques. Ils n’ont rien d’une fatalité. D’autres voies crédibles pourraient être prises pour réparer les services publics qui ont été dégradés et préparer l’avenir, tout en réduisant le déficit du budget de l’État.

Avec les baisses de financements publics, une autre vigilance est de ne pas céder à la logique darwinienne de la sélection des espèces appliquée à l’écosystème culturel et artistique. Pour cela, plusieurs tentations sont à éviter. Une première qui consisterait à se recentrer uniquement sur les acteurs du premier cercle de la reconnaissance publique (et non pas toujours du public) : les « institutions culturelles » comme on les appelle dans le milieu, c’est-à-dire les musées, théâtres, opéras, salles de concert et monuments les plus prestigieux. En résulterait un état d’immobilisme de la politique culturelle qui l’éloignerait toujours un peu plus de la dynamique sociale, avec une vraie menace de disparition d’une partie des 289 000 associations culturelles. Une seconde tentation, particulièrement malavisée, serait celle d’un repli sur les missions artistiques ou patrimoniales jugées cardinales par les organisations professionnelles, au détriment de leurs missions civiques, inclusives et éducatives sur lesquelles reposent pourtant en grande partie la légitimité et la justification politique du soutien à la culture. Tomber dans ce piège reviendrait à se condamner politiquement et socialement à moyen terme.

Enfin – dernière vigilance – ne pas croire que la décentralisation culturelle est le mauvais élève de la décentralisation dans sa globalité, tel que pourraient le laisser entendre les promoteurs d’une remise en ordre radicale de son fonctionnement sous couvert de « simplification territoriale », de « spécialisation » des collectivités territoriales et de « bonne administration ». Remise en ordre qui passerait par des attributions de compétences culturelles distribuées de manière plus ou moins stricte et exclusive entre niveaux de collectivités territoriales. Le sujet est d’importance. Un tel saucissonnage des politiques culturelles acterait la fin du partenariat public et des financements croisés dans la culture. Il constituerait surtout le coup de grâce porté à un modèle coopératif d’action publique façonné depuis l’après-guerre, producteur de valeurs et de conceptions partagées quant au rapport politique des élus et responsables publics à la culture. Le système de la décentralisation culturelle doit évoluer : non pas pour être démantelé sur l’autel d’une apparente efficacité politico-administrative, mais pour accroître sa robustesse. À l’heure où les partis d’extrême droite et les idéologies néo-réactionnaires n’ont jamais été aussi proches du pouvoir, le sacrifice d’un tel héritage serait insensé. 

[Cet article a été initialement publié sur le média AOC.]

Trois figures du patrimoine, entre subordination des personnes et démocratie

Entre les monuments historiques classés par l’État et le patrimoine culturel immatériel désigné par l’Unesco, la convention de Faro a ouvert une troisième voie dans laquelle les personnes participent au processus de patrimonialisation. En comparant ces trois approches, Jean-Michel Lucas remet au premier plan cet enjeu démocratique : comment mieux partager ce qui fait la valeur d’un patrimoine culturel commun ?

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« Les Rencontres avec Perceval », châtel de Theys (38). Photo © : Alice-Anne Jeandel

Quand arrivent les Journées européennes du patrimoine, les files d’attente s’allongent pour profiter des opportunités de connaître, mieux encore d’admirer, des monuments historiques prestigieux. Pourtant, ce patrimoine culturel commun n’est pas le meilleur allié de la démocratie. On peut s’en rendre compte en le comparant à deux autres figures patrimoniales : le patrimoine culturel immatériel (PCI) de l’Unesco et la valeur du patrimoine culturel pour la société de la Convention de Faro.

Le patrimoine des objets de valeur

L’unanimité se fait jour pour considérer que les monuments historiques ont une valeur propre, donc objective, qui s’impose à toutes les subjectivités. Ce fut le choix politique de la démocratie représentative d’identifier le patrimoine commun à travers des objets de grande valeur. Avec la loi de 1913 sur les monuments historiques Voir Loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques, la conséquence a été que seuls quelques spécialistes sélectionnés par l’État peuvent être habilités à négocier la valeur de ces objets patrimoniaux. Cette législation a été particulièrement vigilante pour exclure de ces négociations tout autre personne de la société. Ainsi, la démocratie représentative a mis la personne, libre et digne, en position de subordination patrimoniale, ne lui reconnaissant aucun droit au débat démocratique sur le choix des valeurs du passé censées guider notre avenir commun.

L’Unesco, avec la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel de 1972 Voir l’article 1 de la convention où le patrimoine culturel comprend les « monuments : œuvres architecturales, de sculpture ou de peinture monumentales, éléments ou structures de caractère archéologique, inscriptions, grottes et groupes d’éléments, qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de l’histoire, de l’art ou de la science»., a été encore plus loin en faisant désigner, par quelques spécialistes, des objets ayant, en propre, une « valeur universelle exceptionnelle (VUE) » pour l’humanité entière. Ainsi, cette convention s’est bien gardée de convoquer la communauté humaine et ses diversités culturelles pour délibérer sur cette valeur d’humanité accordée à des biens matériels, même en ajoutant, en 2007, un nouvel objectif stratégique qui concerne la place des communautés mais cantonné à la mise en œuvre de la VUE !

Loin de tout idéal démocratique, ce patrimoine à « valeur d’objets » met de côté les personnes au moment même de qualifier les traces de leurs passés pour notre commune humanité.

Cette fable patrimoniale focalisée sur des objets ne pouvait convaincre la totalité des humains. Elle a été contestée en faisant apparaître une nouvelle figure du patrimoine culturel attachée cette fois aux personnes.

La figure du patrimoine des personnes

Cette figure a émergé progressivement à l’Unesco pour prendre forme officielle avec la Convention sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de 2003 Voir les textes fondamentaux de la Convention.. Dans ce cadre, les objets du patrimoine n’ont pas de valeur en eux-mêmes. Ils ne deviennent « patrimoine » que si les personnes et leurs communautés ont pour eux des « sentiments d’identité », en leur attribuant des significations par rapport à leur passé. Voilà un saut déterminant que décrit bien Thomas Mouzard, chargé de mission pour l’anthropologie et le PCI au ministère de la CulturVoir l’article : « Le PCI est un patrimoine dynamique, vivant, qui n’est pas figé » du 22 avril 2025. : ce patrimoine « est incarné par des personnes, il est impossible de le sauvegarder sans elles». Elles seules et leurs communautés sont légitimes à donner sens aux objets, donc à faire évoluer, quand elles le souhaitent, la valeur qu’elles leur attribuent. Le patrimoine est l’affaire des personnes elles-mêmes ; il n’est plus un patrimoine d’objets séparés d’elles.

Cette figure du patrimoine des personnes revendiquée par le PCI est tout aussi présente dans la Convention de 2005 du Conseil de l’Europe sur la valeur du patrimoine culturel pour la société dite « Convention de Faro ». La personne et ses communautés patrimoniales sont la source de la qualification du patrimoine et il n’y a pas, à ce stade, de différences entre la Convention de Faro et la Convention PCI, comme le souligne Thomas Mouzard dans son étude sur le PCI : « J’utilise la notion de “communauté patrimoniale” au sens de la Convention du conseil de l’Europe sur la valeur du patrimoine culturel pour la société, art. 2 (dite Convention de Faro, 2006) : “La communauté patrimoniale se compose de personnes qui attachent de la valeur à des aspects spécifiques du patrimoine culturel qu’elles souhaitent, dans le cadre de l’action publique, maintenir et transmettre aux générations futures Voir Th. Mouzard, « Le patrimoine culturel immatériel et son double : les pratiques sociales au prisme de l’Inventaire participatif national (France) », Journal of the Institute of Arts and Cultural Studies, Lativian Academy of Culture, vol. 28, 2025..”»

À ce stade, les personnes et leurs communautés paraissent bien être au centre de la détermination du patrimoine culturel ; elles ne sont plus en situation de subordination. On en viendrait vite à penser « qu’identifier le PCI revient donc à mettre en œuvre une forme de démocratie culturelle Th. Mouzard dans l’article « Le PCI est un patrimoine dynamique, vivant, qui n’est pas figé », op. cit. ». La Convention PCI et la Convention de Faro convergent vers la reconnaissance du droit au patrimoine des personnes.

Elles se rejoignent, aussi, sur la nécessité éthique que les personnes et leurs communautés respectent le socle des valeurs communes issues de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) de 1948. Toutes deux savent que le patrimoine culturel prend sa signification à travers les interactions des personnes entre elles et avec leur environnement. À cet égard, la Convention PCI et la Convention de Faro font route sur le même chemin, au point que l’on pourrait fusionner les deux pour mieux asseoir la dimension démocratique de la politique patrimoniale.

Le PCI et la mise à distance de la démocratie

Pourtant, cette perspective est difficile à concevoir quand on interroge les procédures instituées par la Convention PCI. En premier lieu, chaque personne, avec ses communautés, a droit à la reconnaissance d’éléments de son passé. Toutefois, il lui faut faire une demande exprimée dans les termes de l’Inventaire national du PCI. La procédure mérite attention par rapport aux enjeux démocratiques.

Certes, cet « Inventaire national est la somme de demandes sociales» et les fiches d’inventaire sont, heureusement, réalisées « grâce à la mobilisation des acteurs concernés (communauté, chercheur, diverses organisations)». Néanmoins, la demande d’inscription à l’Inventaire n’est recevable que si elle est validée par les experts. Ce sont les responsables scientifiques qui déterminent si le patrimoine proposé par les communautés a réellement une signification pour la société.

Cette répartition des rôles entre communautés et responsables de l’Inventaire est fondée sur la conviction qu’avec le PCI, « le patrimoine est une chose publique résultant d’un travail scientifique d’objectivation en relation avec des enjeux subjectifs »L’objectivité (scientifique) d’un côté, la subjectivité (des personnes des communautés) de l’autre. La Convention PCI repose sur cette épistémologie d’un savoir disciplinaire objectif détenant le monopole de la signification pertinente des traces du passé pour la société.

Il en résulte que les personnes et leurs communautés doivent attendre cette délibération savante sans droit d’y contribuer. Les collaborations entre ces acteurs relèvent moins des relations de coopérations que de subordination. La dynamique démocratique se trouve bloquée par la relation léonine introduite par le dossier d’Inventaire.

En second lieu, la suite des procédures édictées par la Convention PCI répond à la même logique tutélaire : un dossier écrit dans le langage des sciences ethnologiques et anthropologiques, une liste des critères exigés, une validation par l’instance experte de la valeur objective du patrimoine de la communauté, sans délibération associant les demandeurs. S’y ajoute une étape d’appréciations faites par les États de l’Unesco. Or, s’il y a bien une instance qui ne peut prétendre répondre à l’obligation d’objectivité au regard des enjeux d’humanité affichés par la Convention, c’est bien celle des États.

Ainsi, de procédures en procédures, la Convention PCI a manqué le virage démocratique vers le « patrimoine des personnes ». Elle a voulu faire reposer son objectivité sur les savoirs disciplinaires alors que la littérature scientifique, elle-même, exprime ses doutes sur la pertinence du concept de PCI Voir J. Csergo et J. Roda, « Le patrimoine culturel immatériel en tension(s) », Sociétés & Représentations, no 60, 2025..

La démocratie, cœur battant de la Convention de Faro

La Convention de Faro, au contraire, fait de la démocratie sa raison d’être. Pour l’apprécier, il suffit d’ouvrir un quotidien local : on y trouvera de courts articles sur des initiatives prises par des associations. C’est là le terreau de Faro : « L’amicale de Pen Ar Créac’h, organisatrice de compétitions de pétanque, annonce une exposition de photos pour célébrer ses cinquante ans d’existence. »

Si la municipalité signait la Convention de Faro, elle ne demanderait pas à l’association de remplir un lourd dossier pour faire reconnaître son patrimoine par des experts. C’est la première différence notable avec la Convention PCI. La collectivité ferait d’abord la proposition à la communauté de collaborer avec des ressources qui pourraient valoriser « l’expo photo » : archivistes, historiens, ethnologues, documentaristes, photographes, écrivains, et… voisins ! La liste est longue des collaborations possibles.

Cette proposition de la collectivité répond à la vocation émancipatrice de la Convention de Faro : les personnes de la communauté des joueurs de pétanque doivent pouvoir formuler à leur manière, avec leur langage et leurs expressions, le sens de leur histoire singulière. Toutefois, à s’enfermer dans leur seule lecture du passé, les personnes et leurs communautés laisseront peu de chances aux autres communautés d’interagir avec elles. La proposition de collaboration ouvre des capacités de relations inédites avec d’autres « expressions » et « reflets » du monde ; elle enrichit les histoires pour soi autant que pour les autres ; elle élargit la panoplie des faits et des émotions associés au passé.

Elle permet, ainsi, à la communauté patrimoniale des joueurs de pétanque d’étendre les significations qu’elle veut donner à sa présence dans la cité. En quelque sorte, avec toutes ces relations intersubjectives en acte, le patrimoine des personnes serait mieux nommé « héritage culturel » pour marquer la dimension sensible de tous ces « reflets et expressions du passé », qui ne sauraient se réduire à un catalogue « d’objets » !

Globalement, la Convention de Faro est un cadre politique d’hospitalité où les actions engagées ne valent que si elles garantissent la coopération des ressources et veillent à évacuer la subordination des personnes à des savoirs « objectifs » chargés de déterminer les significations patrimoniales à leur place, comme dans le cas du PCI.

La diversité culturelle comme contrainte démocratique

L’autre différence fondamentale porte sur les enjeux démocratiques de diversité culturelle. Dans un quartier, une association vend des formations au maloya Inscrit en 2009 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco, le maloya est à la fois une forme de musique, un chant et une danse propres à l’île de La Réunion [NDLR]., mais une autre association de personnes natives de La Réunion s’y oppose, estimant être seule légitime à pouvoir transmettre cette tradition. Le conflit ne peut être ignoré, ni par la municipalité ni par les autres signataires de la Convention de Faro.

La responsabilité collective est, alors, de rappeler les deux principes de la diversité culturelle : 1) toute personne, toute communauté a droit à la reconnaissance de son héritage culturel ; 2) aucune personne, aucune communauté ne peut espérer cette reconnaissance sans s’imposer, à elle-même, l’exigence de reconnaître l’humanité des héritages culturels des autres, au sein de l’État de droit démocratique.

Cette contrainte est clairement formulée dans l’article 3 de la Convention de Faro : « les signataires doivent promouvoir une reconnaissance du patrimoine commun de l’Europe qui recouvre tous les patrimoines culturels en Europe constituant dans leur ensemble une source partagée de mémoire, de compréhension, d’identité, de cohésion et de créativité »Chaque signataire de la convention, public comme privé, doit prendre les dispositions à sa mesure pour respecter ces deux principes, en ouvrant la discussion avec les héritages culturels des voisins dans l’immeuble, la rue, le quartier ou les autres pays. Et ce, surtout si les « valeurs, croyances, savoirs et traditions » des autres sont vécus comme insupportables, pour des raisons objectives ou de purs fantasmes. Les deux associations qui pratiquent le maloya sont ainsi appelées à entrer en discussion, probablement en présence de « tiers de confiance », garants du respect des principes de la diversité culturelle.

Comme le formule l’article 7 de la convention : les signataires devront « encourager la réflexion sur l’éthique et sur les méthodes de présentation du patrimoine culturel ainsi que le respect de la diversité des interprétations ».

Des conciliations équitables

Cette responsabilité n’est pas laissée à une instance supérieure qui trancherait sans les personnes, comme dans le cas du PCI. Cette responsabilité, quotidienne et permanente, se manifeste à travers des actions de terrain cohérentes avec les valeurs de la convention.

Bien entendu, les oppositions ne disparaîtront pas magiquement… mais la démocratie de Faro ne se dérobe pas : aucun romantisme ici Je reprends ici le jugement porté par J. Csergo et J. Roda sur la diversité culturelle, dans « Le patrimoine culturel immatériel en tension(s) », op. cit., mais une responsabilité collective de s’assurer que le voisin ne soit pas un étranger vivant dans un bunker d’ignorance des autres. Tout signataire de Faro a, ainsi, la responsabilité d’établir « des processus de conciliation pour gérer de façon équitable les situations où des valeurs contradictoires sont attribuées au même patrimoine par diverses communautés ».

« Équitable » ! La tâche est lourde et justifie pleinement l’engagement politique de la Convention de Faro : beaucoup trop de personnes et de communautés ont subi et subissent toujours des dominations qui ont effacé les traces de leur passé. L’association dont l’héritage culturel n’a pas oublié l’histoire du maloya est pleinement légitime à dénoncer les pillages et les appropriations indues de sa danse, autant qu’à négocier des conditions équitables répondant aux principes de la diversité culturelle.

La Convention de Faro est une convention-cadre : elle laisse aux personnes et communautés, publiques comme privées, la responsabilité de mettre en œuvre sur le terrain des actions adaptées, comme sait le faire le réseau des signataires de la convention, avec le soutien du Conseil de l’Europe Voir https://www.coe.int/fr/web/culture-and-heritage/faro-community. Mais ce cadre est politique, pas ethnologique : il n’associe pas la culture aux traits spécifiques d’une communauté qui définiraient, objectivement, son « identité culturelle ». Il considère plutôt la culture comme l’ensemble des identifications que les personnes et les communautés proposent aux autres sous les conditions d’équité pour faire humanité ensemble, au sein de l’État de droit… bon an, mal an !

On doit alors conclure que la Convention de Faro est une troisième figure patrimoniale très différente des deux autres : elle étend l’espace public démocratique en y intégrant la discussion sur les passés des membres de la société ; elle appelle chaque action de terrain à la vigilance démocratique en repérant les frontières qui s’installent subrepticement entre les personnes et leurs communautés pour justifier des enfermements identitaires, qu’ils soient nationaux, religieux, ethniques, de genre ou de classe sociale.

On comprend donc que dans un climat politique où les responsables de l’État pourraient, bientôt, faire du patrimoine le «creuset d’une grande Nation »sous le mot d’ordre « Une Nation, un patrimoine » comme le promet le Rassemblement national, l’enjeu de la Convention de Faro est fondamental pour la démocratie. Il est signifié dans la pétition publique lancée pour rappeler l’urgence démocratique du patrimoine, complétée par l’appel de Villeurbanne pour « une gouvernance partagée du patrimoine, ancrée dans la reconnaissance mutuelle et la responsabilité collective ».

La Convention de Faro est ainsi un outil précieux pour le Nouveau Pacte Démocratique engagé par le Conseil de l’Europe pour contribuer à « la sécurité démocratique, c’est-à-dire la résilience de nos institutions, de nos libertés et de nos valeurs qui constitue notre première ligne de défense face aux menaces actuelles ».

Dans cet esprit, on n’est pas surpris que de grandes villes telles que Marseille, Nantes, Rouen, Villeurbanne et de plus en plus de membres du réseau Faro francophone, formulent l’espoir d’une société pacifiée par les héritages culturels de toutes les personnes qui nous font vivre ensemble !

L’intervention culturelle dans les territoires ruraux : enquête en Auvergne-Rhône-Alpes

L’Observatoire des politiques culturelles réalise, avec l’appui du ministère de la Culture (DEPS et DGDCER) et dans un cadre partenarial élargi avec les principales associations de collectivités et de responsables culturels, un baromètre annuel sur les budgets et choix culturels des collectivités territoriales et de leurs groupements. Pour combler le manque de travaux sur les dimensions culturelles des territoires éloignés des grands pôles urbains, leurs modalités de soutien à la culture et leur effort budgétaire dans ce domaine Les données sur les budgets culturels des communes de moins de 3 500 habitants et des intercommunalités correspondantes ne sont pas disponibles., l’OPC a décidé de porter une attention particulière aux petites villes et aux espaces ruraux et à faible densité, en leur dédiant un volet du baromètre : cette enquête a été menée, en partenariat avec l’Association des maires ruraux de France (AMRF), en 2024 et en 2025 auprès d’un panel de communes et communautés de communes rurales issues de quatre départements d’Auvergne-Rhône-Alpes (Ain, Allier, Isère, Haute-Loire) Liste des communes répondantes : Bellenaves, Buxières-les-Mines, Cérilly, Culoz-Béon, Dompierre-sur-Besbre, Le Chambon-sur-Lignon, Mazeyrat-d’Allier, Mens, Retournac, Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, Saint-Rambert-en-Bugey, Sermoyer. Liste des communautés de communes répondantes : Bocage Bourbonnais, Bresse et Saône, Bugey Sud, Dombes, Entr’Allier Besbre et Loire, Haut-Lignon, Haut Pays du Velay, Oisans, Pays de Tronçais, Plaine de l’Ain, Rives du Haut-Allier, Saint-Pourçain Sioule Limagne, Sucs, Trièves, Vals du Dauphiné..

Selon l’Insee, une commune rurale est une commune peu dense ou très peu dense au sens de la grille communale de densité. Les communes rurales représentent 88 % des communes françaises et 33 % de la population. Ces territoires ruraux présentent une grande diversité. Certains sont dynamiques sur le plan démographique et économique quand d’autres sont en déclin. Une politique de redynamisation de ces territoires a été mise en œuvre en 2023 avec le plan France ruralités autour d’actions dans de nombreux domaines : logement, santé, mobilité, commerce, etc. En matière culturelle, des mesures favorisent notamment l’ingénierie et l’innovation territoriale, le développement de Micro-Folies, la sauvegarde du patrimoine rural. La ministre de la Culture a également lancé en janvier 2024 le « Printemps de la ruralité » sous forme d’une consultation nationale sur la vie culturelle dans les territoires ruraux.

Démarche d’enquête et profils des questionnaires exploités :

Plusieurs critères ont été mobilisés pour constituer le panel de communes de ce volet auralpin du baromètre :

  • le zonage en aires d’attraction des villes : le panel est constitué de communes situées dans de petites aires d’attraction des villes (aires de moins de 50 000 habitants) et de communes situées en dehors des aires d’attraction des villes ;
  • la grille communale de densité de l’Insee : le panel est constitué de communes relevant des catégories 5 (bourgs ruraux), 6 et 7 (rural à habitat dispersé et très dispersé) de la grille communale de densité*.

Concernant les communautés de communes du panel : les profils d’intercommunalités rurales ont été privilégiés, en recherchant une correspondance commune/communauté de communes.

L’enquête repose sur un questionnaire en ligne qui a été adressé par courriel** principalement aux élus pour les communes et aux techniciens (directeur·ice des affaires culturelles, chargé·e de mission culture, directeur·rice général·e ou autre responsable de service en l’absence d’interlocuteur culturel) pour les intercommunalités.

Le questionnaire porte sur plusieurs dimensions liées aux budgets réalisés***, aux modalités d’intervention et aux positionnements en matière culturelle.

Les données ont été traitées avec le logiciel Sphinx, de manière anonyme et agrégée. Les résultats présentés reposent sur des données déclaratives.

26 questionnaires ont été collectés en 2024 : 11 communes (leur population varie entre 650 et 3 426 habitants) et 15 intercommunalités. La correspondance commune/communauté de communes existe dans l’échantillon pour 10 territoires.

21 questionnaires ont été collectés en 2025 : 8 communes (leur population varie entre 985 et 3 426 habitants) et 13 intercommunalités. La correspondance commune/communauté de communes existe pour 7 territoires.

20 cibles ont répondu aux deux éditions de l’enquête.

Les données et graphiques présentés dans l’article renvoient soit à l’enquête 2024 soit à l’enquête 2025. Le nombre de réponses diffère selon les passations. Par ailleurs, une partie des questions étant facultative, le nombre de réponses traitées peut également varier d’un graphique à un autre au sein d’une même enquête.

L’enquête met par ailleurs en exergue une difficulté d’une partie des répondants à faire remonter des données stabilisées sur les périmètres proposés, notamment pour ce qui relève des données budgétaires.

_____________________

* Par ailleurs, le panel est constitué de communes majoritairement adhérentes à l’Association des maires ruraux de France.

** D’avril à août en 2024 et de fin mars à septembre en 2025.

*** À la différence du volet national du baromètre et du volet territorialisé des villes petites et moyennes de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui traitent de budgets primitifs.

 

1. Les modalités d’intervention culturelle des communes et communautés de communes en milieu rural

Le baromètre fournit des informations sur les moyens humains consacrés à la culture. En 2024, 58 % des collectivités répondantes indiquent employer un ou plusieurs agents territoriaux dédiés à la culture Par exemple : responsable de service, chargé·e de développement culturel, chargé·e de mission patrimoine-culture, coordinateur·rice de réseau de médiathèques ou de structures d’enseignement artistique, responsable d’équipement, de musée, programmateur·rice, personnel technique, enseignant·e en école de musique, agent de lecture publique…. Les communautés de communes sont plus nombreuses à déclarer en employer que les communes. De plus, dans notre échantillon, les déclarations d’un nombre d’agents élevé – supérieur à 8 équivalents temps plein annuel – sont systématiquement le fait des intercommunalités.

Action culturelle/éducation artistique et culturelle, livre/lecture et spectacle vivant sont les trois domaines d’intervention culturelle les plus investis par les collectivités répondantes.

La quasi-totalité des intercommunalités de l’échantillon déclare intervenir en matière d’action culturelle/EAC, alors que les communes sont plutôt investies en matière de fêtes et traditions locales, de livre/lecture, de spectacle vivant.

Concernant les équipements à vocation culturelle gérés ou soutenus par le bloc local, l’enquête confirme que la bibliothèque reste l’un des principaux équipements à vocation culturelle de proximité en milieu rural.

Les intercommunalités gèrent ou soutiennent plus souvent des établissements d’enseignement artistique et des équipements de lecture publique, alors que les communes privilégient les salles polyvalentes (c’est le cas de la quasi-totalité des communes de l’échantillon), également les bibliothèques, les salles d’exposition et les musées/édifices patrimoniaux recevant du public.

Plus de 20 % des répondants déclarent par ailleurs gérer ou soutenir un tiers-lieu accueillant des activités culturelles.

Seules deux communautés de communes déclarent ne gérer ou soutenir aucun équipement à vocation culturelle.

Le baromètre interroge les représentants des collectivités sur l’évolution de la dynamique intercommunale en matière culturelle sur leur territoire, en 2023-2024 puis en 2024-2025.

Sur chacune des deux enquêtes, un maximum de 5 % des répondants évoquent un affaiblissement de la dynamique intercommunale en matière culturelle.

En 2023-2024, 50 % des répondants témoignent d’une stabilité de la dynamique et 46 % de son renforcement. Les communautés de communes sont majoritaires à déclarer un renforcement dans ce domaine, tandis que les communes évoquent plus souvent un maintien de la dynamique à un même niveau d’intensité.

En 2024-2025, les déclarations de renforcement sont en retrait (29 % des répondants) et la grande majorité des collectivités (67 %) indiquent désormais un maintien de la dynamique intercommunale à un même niveau d’intensité.

Par ailleurs, les processus de transferts culturels semblent avoir déjà abouti pour les collectivités rurales de notre échantillon puisque, en 2024, seuls 3 des 26 répondants en déclaraient au cours des cinq dernières années, en matière de lecture publique notamment.

2. Positionnement des communes et communautés de communes en matière culturelle

Comment nos interlocuteurs perçoivent-ils la place donnée à l’intervention culturelle et au soutien à la vie culturelle ? En 2024-2025, 14 % considèrent qu’elle est moins une priorité qu’avant ; 43 % considèrent qu’il n’y a pas eu de dépriorisation et que l’intervention culturelle et/ou le soutien à la vie culturelle est autant une priorité qu’avant pour leur collectivité. 38 % estiment qu’il s’agit encore plus d’une priorité qu’avant. Ces ressentis sont légèrement moins favorables que ceux déclarés pour la période 2023-2024 L’enquête a également cherché à savoir si, en 2023-2024, la crise énergétique a eu des conséquences sur l’intervention culturelle et/ou le soutien à la vie culturelle des communes et intercommunalités. L’impact est jugé faible pour 42 % des répondants et fort par 15 % d’entre eux. 19 % considèrent qu’il n’y a pas eu d’impact et près d’un répondant sur quatre ne se prononce pas. La crise énergétique semble avoir eu un impact modéré sur la vie culturelle des territoires de l’échantillon.. Dans l’enquête 2024 comme dans l’enquête 2025, les intercommunalités sont plus nombreuses que les communes à déclarer que l’intervention culturelle et/ou le soutien à la vie culturelle sont plus une priorité qu’avant.

Quels sont les objectifs politiques qui orientent en priorité les choix culturels des exécutifs des communes et intercommunalités rurales ? Les réponses – demandées sous forme de trois mots-clés – sont représentées sur le nuage de mots ci-dessous. En 2025, pour l’ensemble de l’échantillon, plusieurs orientations (les occurrences les plus fréquentes) se dégagent autour de logiques territoriales (« attractivité », « proximité » font partie des termes les plus cités) – notamment pour les intercommunalités –, d’accessibilité (« accès », « accessibilité », « [culture] pour tous »…) et d’éducation. C’est-à-dire des orientations relativement « classiques » dans la structuration historique du soutien à la vie culturelle.

La plupart des répondants témoignent par ailleurs d’un volontarisme des communes et intercommunalités en matière culturelle et patrimoniale, à travers notamment une logique d’appui à la vie associative (cf. infra) et des manifestations dans ces domaines. Certains évoquent « le choix d’investir dans la culture pour favoriser le vivre ensemble et les échanges ». 

Quelques collectivités indiquent également la réalisation d’un diagnostic culturel (ayant par exemple donné lieu au recrutement d’un chargé de mission dédié), l’élaboration d’un projet culturel de territoire, et des actions de valorisation patrimoniale (par exemple à travers une candidature au label Pays d’art et d’histoire). Dans plusieurs cas, des personnes soulignent des investissements importants en faveur de la lecture publique sur leur territoire : construction et rénovation de bâtiments, réalisation d’une maison communautaire culturelle de proximité intégrant une médiathèque…

Les répondants apportent également des informations sur les contraintes au développement de la vie culturelle dans leur territoire. Les plus citées sont liées à un manque de moyens financiers – et humains – et à d’importantes contraintes budgétaires Les charges liées aux communes qui exercent une fonction de centralité sont également soulignées (« Les communes faisant fonction de centralité pourraient être soutenues davantage dans leurs politiques associatives et culturelles. »)., ainsi que des difficultés à mobiliser et intéresser la population (désintérêt perçu pour la culture par exemple) et un essoufflement du bénévolat. Un désintérêt ou manque d’implication de certains élus est également évoqué parfois : « ce n’est pas une priorité du mandat » ; « manque de pratiques culturelles de la majorité des élus » ; « manque d’implication de la part des élus ». 

Sont cités de manière plus ponctuelle :

  • des questions de compétences et de configurations territoriales : intervention culturelle limitée au niveau de l’intercommunalité, absence de construction intercommunale des projets… ;
  • des problématiques territoriales et de mobilité ;
  • un manque d’équipements ou de lieux dédiés à certaines pratiques ;
  • des difficultés en termes de communication autour des événements (visibilité).

3. Repères budgétaires 

Le baromètre apporte d’abord des informations sur les budgets globaux réalisés de fonctionnement (non uniquement culture) La moyenne des budgets globaux de fonctionnement dans l’échantillon avoisine les 12 millions d’euros et la médiane les 9 millions.. Ceux-ci sont très majoritairement à la hausse entre 2022 et 2023. Une dégradation se dessine entre 2023 et 2024, avec un tiers des répondants qui déclarent une baisse de ces budgets globaux. Cette contraction se ressent également entre 2023 et 2024 sur les budgets globaux réalisés d’investissement (non uniquement culture) : alors qu’une collectivité sur deux déclarait une hausse entre 2022 et 2023, à peine plus d’une sur quatre en déclare entre 2023 et 2024 et la part des baisses déclarées a plus que doublé entre les deux enquêtes.

Les budgets consacrés à la culture sont très différents d’une collectivité à une autre et ils peuvent également varier fortement selon les années. Entre 2022 et 2023, 54 % des collectivités déclarent une augmentation de leur budget réalisé de fonctionnement qui concerne la culture et le patrimoine Il était demandé d’inclure la masse salariale dans les montants déclarés de budgets culturels de fonctionnement.. Entre 2023 et 2024, elles sont 59 % à déclarer une hausse, principalement du fait des communautés de communes qui déclarent plus souvent des augmentations alors que les évolutions des communes sont plus fractionnées entre hausse, stabilité et baisse.

Les déclarations de baisse des budgets culturels réalisés de fonctionnement avoisinent les 20 % de répondants. Entre 2023 et 2024, les baisses déclarées sont un peu plus fortes (systématiquement supérieures à 15 % du budget) que sur la période 2022-2023.

Dans notre échantillon, la moyenne des budgets culturels de fonctionnement déclarés se situe un peu au-dessus des 75 000 euros pour les communes. Elle avoisine les 440 000 euros pour les communautés de communes en 2023 et les 570 000 euros en 2024. 

S’agissant de l’évolution des budgets réalisés d’investissement qui concernent la culture et le patrimoine, on note une augmentation des baisses déclarées entre les deux années d’enquête. Plus d’un tiers des répondants continue toutefois à déclarer une augmentation de ces budgets.

4. Dynamiques associatives

En milieu rural, la dynamique culturelle et patrimoniale repose souvent sur les associations, par exemple pour ce qui est du patrimoine et des pratiques en amateur. Leur soutien par les collectivités locales est essentiel Plusieurs répondants en témoignent : « nous travaillons main dans la main avec les associations locales pour proposer des activités culturelles » ; « notre volonté est de soutenir les associations qui sont impliquées dans l’action culturelle, d’être donc un soutien et non un acteur principal de façon à diversifier les interventions et les manifestations ». Un répondant évoque l’exemple d’une sollicitation de sa commune « par une troupe de théâtre pour qu’elle rachète un ancien bar-restaurant qui occupe une place centrale dans le village pour en faire un tiers-lieu culturel ».. Comment évolue-t-il ? Un peu plus d’un répondant sur trois déclare une augmentation du montant des subventions versées aux associations culturelles et patrimoniales entre 2023 et 2024, contre un répondant sur deux entre 2022 et 2023. 24 % indiquent une baisse entre 2023 et 2024, contre 14 % entre 2022 et 2023. La situation semble donc s’être un peu fragilisée entre les deux enquêtes Précisons que certains écarts dans des montants annuels de soutien peuvent être liés à des rythmes calendaires différents au niveau des événements organisés par les associations sur le territoire (« La baisse des subventions s’explique par des événements qui n’ont lieu qu’une année sur deux. ») et à des choix de versement ponctuel de subventions exceptionnelles.. La stabilité domine dans ce domaine pour les communes de l’échantillon : 57 % d’entre elles déclarent un maintien du montant des subventions versées aux associations culturelles et patrimoniales entre 2023 et 2024.

Dans notre échantillon, le montant moyen des subventions aux associations culturelles et patrimoniales avoisine les 50 000 euros – la médiane étant deux fois plus basse –, les communes les soutenant en moyenne à près de 15 000 euros et les intercommunalités aux alentours de 80 000 euros. 

En complément des subventions qu’elles leur versent, les collectivités locales apportent d’autres modalités de soutien gracieux aux associations culturelles et patrimoniales.

En 2025, les communes indiquent très majoritairement des soutiens fréquents en matière de mise à disposition de locaux, de prêt de matériel et d’aide à la communication. La mise à disposition de personnel est plus occasionnelle pour les communes. Aucune des communes de l’échantillon indique une absence de soutien parmi les quatre entrées proposées.

En ce qui concerne les communautés de communes, les modalités de soutien gracieux aux associations culturelles et patrimoniales sont plus hétérogènes. L’aide à la communication est la modalité de soutien la plus fréquemment apportée.

Les répondants ont également été interrogés sur leur perception de la vie associative et bénévole en matière culturelle et patrimoniale dans leur commune ou intercommunalité, sur une échelle de 0 (pas dynamique) à 5 (très dynamique). Avec une moyenne de 4, le baromètre témoigne d’une vie associative et bénévole riche en milieu rural. Aucune collectivité indique que la vie associative n’est pas dynamique ou qu’elle l’est faiblement.

5. Ressources mobilisées par les collectivités pour la vie culturelle et dynamiques de coopération

65 % des collectivités répondantes en 2024 indiquent mobiliser des dispositifs contractuels européens, nationaux, régionaux, départementaux ou locaux pour leur intervention et/ou soutien à la vie culturelle.

Les Contrats territoriaux d’éducation artistique et culturelle (CTEAC) sont les dispositifs les plus mobilisés dans notre échantillon – en particulier par les communautés de communes –, devant le programme européen Leader Programme financé par le FEADER (Fonds européen agricole et de développement de l’espace rural) pour soutenir des territoires ruraux dont les stratégies sont définies à l’échelle locale par un ensemble de partenaires publics et privés. et le dispositif Petites villes de demain. Lancé en octobre 2020 par l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), le programme Petites villes de demain vise à renforcer les capacités des communes de moins de 20 000 habitants à exercer leur rôle de centralité, à améliorer la qualité de vie de leurs habitants et l’attractivité locale ainsi qu’à accompagner leurs transitions (écologiques, démographiques, économiques, etc.) L’AFL a examiné la trajectoire financière des communes Petites villes de demain et, selon le dernier Baromètre de la santé financière des Petites villes de demain (2020-2024) paru en novembre 2025, les communes PVD se caractérisent par un niveau d’investissement plus élevé que leurs homologues hors programme (https://www.agence-france-locale.fr/app/uploads/2025/11/2025.barometre_petites_villes_de_demain_afl_anct_apvf_compressed.pdf)..

CRTE : Contrat pour la réussite de la transition écologique (ex-Contrat de relance et de transition écologique)
CTEAC : Contrat territorial d’éducation artistique et culturelle
CTL : Contrat Territoire-Lecture

Une lecture des réponses par profils de dispositifs montre que les dispositifs culturels de l’État et des Drac sont les plus mobilisés pour le soutien à la vie culturelle, devant les dispositifs nationaux de développement territorial (ANCT notamment) et les programmes européens. Enfin, quelques répondants mobilisent des dispositifs culturels de collectivités territoriales (région, département…).

Pour une partie des territoires ruraux, le soutien à la vie culturelle repose ainsi fortement sur des dispositifs contractuels transversaux (Petites villes de demain, Villages d’avenir Dispositif piloté par l’ANCT, Villages d’avenir a été lancé en décembre 2023 dans le cadre du plan France ruralités. Il vise la revitalisation de communes rurales de moins de 3 500 habitants en accompagnant la réalisation de projets (développement de services de proximité, projets structurants de réhabilitation et de développement, mise en réseau d’acteurs locaux)., Contrat pour la réussite de la transition écologique) et peut être conditionné à l’inscription dans un projet de territoire.

La mobilisation de dispositifs contractuels européens, nationaux, régionaux, départementaux ou locaux pour l’intervention et/ou le soutien à la vie culturelle est variable d’une collectivité à une autre. En 2024, seules des intercommunalités indiquent mobiliser plus de trois dispositifs contractuels.

De manière complémentaire, le baromètre 2025 apporte des précisions sur la sollicitation d’aides financières de partenaires publics pour les activités culturelles et patrimoniales. Trois quarts des répondants indiquent en solliciter. Ces aides proviennent principalement de l’échelon départemental et de la Drac, devant la région.

Les départements sont des interlocuteurs importants pour les territoires ruraux, du fait de leurs compétences (lecture publique, schéma des enseignements artistiques…) d’une part, et du rôle de facilitateur que certains d’entre eux ont développé en matière de coopération publique et d’accompagnement des politiques culturelles locales, notamment auprès des EPCI (dispositifs territorialisés, projets culturels de territoire, etc.) d’autre part.

La sollicitation d’aides financières de partenaires privés pour les activités culturelles et patrimoniales se fait quant à elle plus rare. En 2025, seules 14 % des collectivités répondantes indiquent en solliciter (mécénat d’entreprise, fondation…).

Le baromètre apporte, enfin, des précisions sur le système de coopération publique inhérent aux politiques culturelles. En 2024, pour environ deux tiers des répondants, la coopération en matière culturelle est structurante avec le département, avec l’État (Drac…) et avec le bloc local (communes et/ou intercommunalités). Mais cette tendance cache des disparités fortes entre intercommunalités et communes. Ces formes de coopération sont plus souvent structurantes pour les communautés de communes que pour les communes : 80 % des premières l’indiquent avec le département et avec le bloc local, contre respectivement 55 % et 45 % pour les communes, et 93 % des intercommunalités le déclarent avec l’État, contre 27 % pour les communes Une enquête de l’AMF sur l’engagement des communes et leur intercommunalité pour la culture publiée en novembre 2025 souligne qu’une majorité de communes de moins de 2 000 habitants indiquent n’avoir aucun échange global avec la Drac et que « les maires de petites communes ont été nombreux à faire part de difficultés d’accès aux Drac et certains demandent une plus forte mobilisation de l’intercommunalité et des autres niveaux de collectivités » (« L’engagement des communes et leur intercommunalité pour la culture en 2025 », enquête de l’AMF, novembre 2025, p. 5, https://www.amf.asso.fr/documents-enquete–engagement-communes-leur-intercommunalite-pour-la-culture-en-2025/inc/fichier.php?FTP=81ecc3a144a811b010005432ad78d544.pdf&ID_DOC=42840).. Les EPCI de notre échantillon sont plus souvent inscrits que les communes dans ces logiques coopératives en matière culturelle. Dans les deux cas, les liens avec les entreprises locales sont principalement jugés faibles ou inexistants.

L’enquête souligne l’importance du partenariat public dans les territoires ruraux et la mobilisation de sources de financement transversales pour la vie culturelle des territoires, dans un contexte budgétaire contraint, et comme l’indique un répondant, « les conventionnements multipartenariaux et pluriannuels représentent encore un garde-fou contre les coupes budgétaires ».

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